L'arène des abeilles

 

Les ruches urbaines encouragées depuis quelques années ont envahi Marseille.  Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour dénoncer leur effet néfaste sur la biodiversité et la concurrence entre espèces d’abeilles.  

 

Les ruches urbaines poussent comme des champignons sur les toits de Marseille, depuis la mise en place en 2011 de la loi Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Les banques, les sièges des collectivités, les grandes enseignes, et les établissements scolaires se sont couverts de ruchés. “J’estime à environ un millier le nombre de ruches urbaines à Marseille”, suppose Xavier Dischert, président de l’association l’Abeille Provençale. 615 d’entre elles se trouvent au coeur du Parc National des Calanques. 

Le paradoxe aujourd’hui c’est que les campagnes sont moins hospitalières pour les abeilles”, affirme Emmanuel Delannoy, consultant pour Pikaia, société qui aide les entreprises dans leur performance RSE et dans la prise en compte de la biodiversité. Le taux de mortalité des abeilles en zone rurale était, en 2016, à 30% contre seulement 3% pour les abeilles urbaines, selon une analyse parue sur le site de La Dépêche du Midi.

 

Depuis la loi Responsabilité Sociétale des Entreprises de 2011, les ruches urbaines poussent comme des champignons dans les villes. À Marseille, Gérard Jourdan possède une soixantaine de ruches sur les toits. 

Cette loi a changé la vie des abeilles et de nombreux apiculteurs. Gérard Jourdan a  installé ses ruches sur le toit du Sofitel Marseille Vieux Port, établissement 5 étoiles, au printemps 2013. Ce partenariat lui a fait beaucoup de publicité. “Les gens se disent que c’est forcément du miel de qualité puisqu’il est servi dans un hôtel de luxe”, se réjouit cet apiculteur depuis plus de vingt ans. 

Ces abeilles à miel, qui ont emménagé à Marseille, cohabitent avec 192 espèces d’abeilles sauvages déjà installées dans le Parc des Calanques, et 130 intra-muros. Alors, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Il y aurait concurrence entre abeilles sauvages et domestiques dans la ville. Cela pourrait avoir des conséquences sur la lutte pour la vie entre espèces différentes.  Poser des ruches sur les toits accroît le nombre d’abeilles, alors que la quantité de nourriture, elle, n’augmente pas”, indique Lise ropars, la doctorante en écologie dans le laboratoire de l’IMBE -Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie-. “La ressource peut devenir limitante s’il y a trop de pollinisateurs au même endroit”, poursuit-elle, même si elle reconnaît une “bonne intention” de départ.

Intérêts écologiques et économiques se heurtent. De plus, “certaines entreprises utiliseraient les ruches à des fins de marketing et de communication plutôt que par réelle préoccupation environnementale”, s’indigne le chercheur Benoît Geslin. 

 

Nisrina Merry et Julie Percivalle